POETES

Publié le 21 février 2014

Publiés initialement sur Facebook en février

















Publié le 9 février 2014


Publié le 6 février 2014


MON PAYS ME FAIT MAL

Mon pays m'a fait mal par ses routes trop pleines,
Par ses enfants jetés sous les aigles de sang,
Par ses soldats tirant dans les déroutes vaines,
Et par le ciel de juin sous le soleil brûlant.

Mon pays m'a fait mal sous les sombres années,
Par les serments jurés que l'on ne tenait pas,
Par son harassement et par sa destinée,
Et par les lourds fardeaux qui pesaient sur ses pas.

Mon pays m'a fait mal par tous ses doubles jeux,
Par l'océan ouvert aux noirs vaisseaux chargés,
Par ses marins tombés pour apaiser les dieux,
Par ses liens tranchés d'un ciseau trop léger.

Mon pays m'a fait mal par tous ses exilés,
Par ses cachots trop pleins, par ses enfants perdus,
Ses prisonniers parqués entre les barbelés,
Et tous ceux qui sont loin et qu'on ne connaît plus.

Mon pays m'a fait mal par ses villes en flammes,
Mal sous ses ennemis et mal sous ses alliés,
Mon pays m'a fait mal dans son corps et son âme,
Sous les carcans de fer dont il était lié.

Mon pays m'a fait mal par toute sa jeunesse
Sous des draps étrangers jetée aux quatre vents,
Perdant son jeune sang pour tenir les promesses
Dont ceux qui les faisaient restaient insouciants.

Mon pays m'a tait mal par ses fosses creusées
Par ses fusils levés à l'épaule des frères,
Et par ceux qui comptaient dans leurs mains méprisées
Le prix des reniements au plus juste salaire.

Mon pays m'a fait mal par ses fables d'esclave,
Par ses bourreaux d'hier et par ceux d'aujourd'hui,
Mon pays m'a fait mal par le sang qui le lave,
Mon pays me fait mal. Quand sera-t-il guéri ?

Robert Brasillach


Publié le 1er février 2014 (dans l'article "Poème de l'Europe païenne")

Un magnifique poème que nous a laissé en héritage Maurice Rollet, disparu ce 21 janvier 2014, pour que nous transmettions à notre tour le flambeau de la Tradition.

Merci à Aloys Durans qui anime la page FB "Renaissance et rémanence du paganisme en Europe" d'avoir rappelé cette citation d'Homère

Voyage

Je suis partout chez moi… l’Europe est ma patrie
Et les cent vingt drapeaux de toutes ses provinces
Décorent un royaume dont je serais un prince
Et m’escortent, serein, vers les dieux que je prie…

En quittant le Parnasse et marchant vers la plaine
Emportant avec moi l’oracle d’Apollon
Quand le soleil est d’ambre et mes souliers de plomb
Dans le cœur j’ai l’Olympe et je suis un Hellène.

Sur les plages du nord, dans les orgues du vent
Au « Zangfest » à Anvers, pèlerin à Dixmude
Chantant le plat pays,la Mathilde un peu rude
Je suis frère du grand Jacques, et j’ai le sang flamand.

Visiteur ébloui au milieu du Forum
Mon cœur battant au pas des glorieuses légions
Face aux dieux mutilés, l’ancienne religion
Me fait fils de la Louve et citoyen de Rome.

Dans la forêt profonde ou sur les bords du Rhin
A Hambourg, à Berlin, à Bayreuth, à Munich
L’âme transportée d’épopée, de musique
Tel Siegfried je porte l’armure d’un germain.

Quand le « Duende » m’embrase et que la feria chante
Quand les toros sont noirs sur le sable sang et or
Et quand la mort s’enroule au corps du matador
Je me sens hidalgo et l’Ibérie me hante.

Revenu au pays où dorment mes aïeux
En vieille terre de France, belle et douce à mes yeux
En retrouvant mon ciel, mes vignes et mon toit
Païen fier, résolu, je redeviens… Gaulois !

Maurice Rollet (1933-2014)


Publié le 16 août 2013 (dans l'article "Le soir d'une bataille")

"Poèmes barbares"

LE SOIR D'UNE BATAILLE

Leconte de Lisle , 1871



"Tels que la haute mer contre les durs rivages,
A la grande tuerie ils se sont tous rués,
Ivres & haletants, par les boulets troués,
En d’épais tourbillons pleins de clameurs sauvages.

Sous un large soleil d’été, de l’aube au soir,
Sans relâche, fauchant les blés, brisant les vignes,
Longs murs d’hommes, ils ont poussé leurs sombres lignes
Et là, par blocs entiers, ils se sont laissés choir.

Puis, ils se sont liés en étreintes féroces,
Le souffle au souffle uni, l’œil de haine chargé.
Le fer d’un sang fiévreux à l’aise s’est gorgé ;
La cervelle a jailli sous la lourdeur des crosses.

Victorieux, vaincus, fantassins, cavaliers,
Les voici maintenant, blêmes, muets, farouches,
Les poings fermés, serrant les dents & les yeux louches,
Dans la mort furieuse étendus par milliers.

La pluie avec lenteur lavant leurs pâles faces,
Aux pentes du terrain fait murmurer ses eaux,
Et par la morne plaine où tourne un vol d’oiseaux
Le ciel d’un soir sinistre estompe au loin leurs masses.

Tous les cris se sont tus, les râles sont poussés.
Sur le sol bossué de tant de chair humaine,
Aux dernières lueurs du jour on voit à peine
Se tordre vaguement des corps entrelacés ;

Et là-bas, du milieu de ce massacre immense,
Dressant son cou roidi, percé de coups de feu,
Un cheval jette au vent un rauque & triste adieu
Que la nuit fait courir à travers le silence.

O boucherie ! ô soif du meurtre ! acharnement
Horrible ! odeur des morts qui suffoques & navres !
Soyez maudits devant ces cent mille cadavres
Et la stupide horreur de cet égorgement.

Mais, sous l’ardent soleil ou sur la plaine noire,
Si, heurtant de leur cœur la gueule du canon,
Ils sont morts, Liberté, ces braves, en ton nom :
Béni soit le sang pur qui fume vers ta gloire !"

Charles-Marie LECONTE DE LISLE   (1818-1894)

Publié le 14 août 2013 (dans l'article il n'y a pas de paganisme, il n'y a que des païens)

Divine Europe

"Clairières et forêts, les sources et les vents
et les pierres levées, le Soleil triomphant
tout cela nous disait la présence des Dieux
le Divin se cachait au plus secret des lieux.

C'était un autre temps, à l'aurore du monde
où l'Europe naissait dans la lumière blonde
du Soleil invaincu... Quand ces Dieux familiers
veillaient sur nos moissons, nos troupeaux, nos foyers.
Puis survinrent d'ailleurs, des déserts de l'Orient
des hommes sans respect ni des lois ni du clan
des barbares affreux, aux desseins sanguinaires
mutilant nos statues et brûlant nos sourcières.

Et l'Europe connut, dans une nuit profonde
par le fer et le feu, par le parjure immonde
la peine et la douleur et la mort de ses Dieux

mais sans jamais renier son passé religieux
qui l'unissait toujours aux divins souvenirs
de son ancienne foi, de son antique empire.

Une aube renaîtra... Il faut croire Apollon
Un jour, il reviendra...
Que le temps semble long !" 

Maurice Rollet
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PRIÈRE AU FEU

"Je te salue, ô feu, chaleur du monde végétal,
Je salue cette lumière qui illumine la nuit,
Monte, flamme, monte jusqu’au ciel,
Je t’ouvre mon coeur, je lève mes mains pour t’adorer.
Je te salue, tu es l’origine de la vie et tu en seras la fin.
Que les flammes purifient mon âme,
Tes étincelles remplissent mon coeur de joie,
que ta chaleur m’emmène au ciel dans ton écharpe de fumée.
Tes crépitements chantent à mon oreille,
Comme un langage depuis longtemps oublié.
Que ta fumée monte, haute et droite,
Comme un message d’amitié,

Un salut aux Dieux dans le ciel étoilé."
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Païen
"Cela fait 2000 ans que couronne d'épine
Vient me crever les yeux, qu'on me bat la poitrine
Qu'on me vole mon âme, soi-disant par amour
Alors que les bûchers assombrissaient le jour
Mais l'écume du temps me revient sur les lèvres
Comme un miel de l'Hymette, une bière au genièvre
Et les vagues du Nord crient mes dieux engloutis
Pour tout leur sang versé à blanchir les hosties
Cela fait 2000 ans que le vent du désert
Jette sur mes remparts ses bibliques colères
Cela fait 2000 ans qu'il me veut à genoux
Humble, honteux, serviteur de son maître jaloux
Les statues mutilées aux collines antiques
Tout l'orgueil effacé aux frontons des portiques
Et les femmes des sources dans les brasiers jetées
Apollon dans l'opprobre, voisin de Galilée
Mais le temps est venu de redresser la tête
Mais le temps est venu de refaire la fête
De danser le corps nu dans les temples au soleil
De l'Olympe endormi de chanter le réveil
D'orichalque et de bronze je me veux une armure
Retrouver dans les pierres mes propres écritures
Ne plus croire qu'en moi et non plus aux miracles
Cela fait 3000 ans qu'à Delphes nous attend l'oracle."

Maurice Rollet
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Publié le 2 août 2013 (dans l'article "Français par le sang versé")

(Extraits)


Alan Seeger avant de tomber au Champ d'Honneur avait écrit ce poème prémonitoire et qui illustre magnifiquement l'engagement et le sacrifice de ces soldats "devenus fils de France non par le sang reçu mais par le sang versé"

"I Have a Rendezvous with Death"                           "J'ai un rendez-vous avec la Mort"

I have a rendezvous with Death                                                          J'ai un rendez-vous avec la Mort                 
At some disputed barricade,                                                               Sur quelque barricade âprement disputée,
When Spring comes back with rustling shade                                   Quand le printemps revient avec son ombre frémissante
And apple-blossoms fill the air—                                                         Et quand l'air est rempli des fleurs du pommier.
I have a rendezvous with Death                                                          J'ai un rendez-vous avec la Mort
When Spring brings back blue days and fair.                                     Quand le printemps ramène les beaux jours bleus.

It may be he shall take my hand                                                          Il se peut qu´elle prenne ma main
And lead me into his dark land                                                            Et me conduise dans son pays ténébreux
And close my eyes and quench my breath—                                     Et ferme mes yeux et éteigne mon souffle.
It may be I shall pass him still.                                                            Il se peut qu´elle passe encore sans m´atteindre.
I have a rendezvous with Death                                                         J´ai un rendez-vous avec la Mort
On some scarred slope of battered hill,                                             Sur quelque pente d´une colline battue par les balles
When Spring comes round again this year                                       Quand le printemps reparaît cette année
And the first meadow-flowers appear.                                               Et qu´apparaissent les prenières fleurs des prairies.

God knows 'twere better to be deep                                                  Dieu sait qu'il vaudrait mieux être au profond
Pillowed in silk and scented down,                                                    Des oreillers de soie et de duvet parfumé
Where love throbs out in blissful sleep,                                             Où l'amour palpite dans le plus délicieux sommeil,
Pulse nigh to pulse, and breath to breath,                                         Pouls contre pouls et souffle contre souffle,
Where hushed awakenings are dear...                                             Où les réveils apaisés sont doux.
But I've a rendezvous with Death                                                      Mais j'ai un rendez-vous avec la Mort
At midnight in some flaming town,                                                     A minuit, dans quelque ville en flammes,
When Spring trips north again this year,                                           Quand le printemps reviens vers le nord cette année
And I to my pledged word am true,                                                    Et je suis fidèle à ma parole,
I shall not fail that rendezvous.                                                          Je ne manquerai pas ce rendez-vous.
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Publié le 26 juillet 2013 (dans l'article "Je suis le Maître de mon Destin")

(Extraits)

Pendant ses années de souffrance et de prison, un poème accompagna Nelson Mandela dans sa résistance et sa résilience. Ce poème appelé plus tard 'Invictus" fut écrit par William Ernest Henley en 1875 sur son lit d'hôpital après une amputation de la jambe.

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INVICTUS

Out of the night that covers me,                                 Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Black as the pit from pole to pole,                             Noires comme un puits où l’on se noie,
I thank whatever gods may be                                   Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
For my unconquerable soul.                                       Pour mon âme invincible et fière,

In the fell clutch of circumstance                                 Dans de cruelles circonstances, 
I have not winced nor cried aloud.                             Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Under the bludgeonings of chance                            Meurtri par cette existence,
My head is bloody, but unbowed.                              Je suis debout bien que blessé,

Beyond this place of wrath and tears                        En ce lieu de colère et de pleurs,
Looms but the Horror of the shade,                           Se profile l’ombre de la mort,
And yet the menace of the years                               Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Finds and shall find me unafraid.                               Mais je suis et je resterai sans peur,

It matters not how strait the gate,                               Aussi étroit soit le chemin,
How charged with punishments the scroll,                Nombreux les châtiments infâmes,
I am the master of my fate:                                         Je suis le maître de mon destin,
I am the captain of my soul.                                        Je suis le capitaine de mon âme.


William Ernest Henley en 1875 
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Publié le 8 juillet 2013 (dans l'article "8 juillet, la liberté n'a pas de prix")

Le loup et le chien

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Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
"Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.
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Publié le 2 juillet 2013

Le loup solitaire

Loup dans les bois de Roucy, le 30 avril 2012 - Parc Nocturnia en Argonne 


Le fauve a voulu vivre au plus profond des bois, 
Loin des désirs jaloux, pauvres tourments qui passent,
Laissant là le troupeau, hurlante populace,
Il a fui seul et fier se jetant hors la loi...

Et la forêt gémit, dans le long cri d'effroi, 
Ployée sous le fardeau des constantes menaces
Que lève dans la nuit la solitaire audace
De celui dont le souffle a vibré sous les bois...

Des milliers périront, car, sur toutes les traces, 
le loup silencieux, ardent se lancera,
Et, partout embusqué, mettra tout aux abois !

Jusqu'au soir ténébreux d'inévitable chasse
Où le sang de ce Dieu vaincu s'écoulera 
Sous les assauts furieux des hordes de sa race.


M.R. Tavard Dubreuil - " Le sang précieux"
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Publié le 21 juin 2013

"Le soleil est nouveau tous les jours"

Héraclite


Attention, n'oublions pas l'essentiel, la fête de la musique (qui devrait être quotidienne), ne doit pas cacher celle du Soleil, ancienne, païenne et universelle, honorée par nos pères et leurs pères, et les pères de leurs pères, depuis que ce jour précis, aux yeux des Hommes, le feu de l'étoile brille le plus longtemps dans notre ciel éternel...




Solstice

"Les tambours se taisent, et nous marchons,
La terre tremble au rythme haletant de nos pas.
Nous avons un drapeau, que nous portons parmi nous, 
Et les mots qu'ils portent sont notre unique pensée.

Soleil, tu nous a semés comme des grains dans la terre,
Et nous avons poussé, tandis que sur les champs ouverts,
Coupé par la charrue, martelé par les pas des chevaux,
Tu passes et repasses comme un fermier par le monde

Nous voulons mûrir ainsi à la chaleur de ton amour,
Comme nous nous sommes voués à la terre natale,
Nous accrochant aux pierres et tantôt aux étoiles,
Et notre foi enflammée, lumineuse, à tes braises ardentes.

Le feu nous transforme et nous marchons,
La terre tremble sous la chanson de nos pas,
Nous avons un drapeau : il est au milieu de nous, 
Et se ferme notre cercle, que protègent les Dieux."


Herbert Böhme

(Source "Les traditions d'Europe", Alain de Benoist 1982)
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Publié le 5 juin 2013

Notre besoin de consolation est impossible a rassasier

A Cyril Joget *  (1981-20013)


La beauté et la pureté de ce texte testamentaire se passe de tout commentaire...


04/10/2010 - Colline du Montabo à Cayenne - Photo Erwan Castel

Stig Dagerman (1923-1954)


Traduit du suédois par Philippe Bouquet



"Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.

Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !

Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.

Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.

Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !

Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !

Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !

Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !

Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !

Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.

Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.

Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.

Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?

Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.

Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.

Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.

Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.

Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.

Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?

Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.

Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre."


Stig Dagerman 1952

NOTES

* Cyril Joget :

Cyril Joget est un membre de "l'Aventure thérapeutique" que j'ai guidé en Guyane en   octobre 2011 au sein d'une équipe de suisses venue découvrir la Guyane, et décédé tragiquement à Genève, quelquesmois plus tard.

Voir sur "Chroniques de Guyane" avec ce lien : Carnet suisse 1partie

NOTES SUR L'AUTEUR: Stig Dagerman (4 oct. 1923- 4 nov. 1954)



Stig Dagerman 1923-1954 (Source Wikipédia)
L'HOMME : Stig Dagerman est un écrivain et journaliste suédois, né le 5 octobre 1923 à Alvkarleby et mort le 4 novembre 1954 à Danderyd. Dagerman fut l'un des écrivains suédois les plus importants des années 1940. De 1945 à 1949, il publia avec un succès considérable un grand nombre d'oeuvre littéraires et journalistiques. Puis soudain et sans raison apparente, il s'arrêta d'écrire. C'est au cours de l'automne 1954 que les suédois apprirent que Stig Dagerman, l'écrivain le plus emblématique de sa génération avait était retrouvé mort dans sa voiture, dont il avait fermé les portières et laissé tourner le moteur.

SON OEUVRE : Dans son oeuvre, Dagerman aborde les grandes préoccupations universelles telles que la moralité et la conscience, la sexualité, la philosophie sociale, l'amour, la compassion et la justice. Il sonde la douloureuse réalité de l'existence et dissèque les émotions telles que la peur, la culpabilité et la solitude. Mais ces sujets plutôt graves ne l'empêchent pas de montrer un véritable sens de l'humour qui donne à certains de ses textes une dimension burlesque ou satirique.

Sauf indication les traductions sont de Philippe Bouquet qui aura fait connaître Dagerman en France (Dossier Plein-Chant d'octobre 1986)

- L’Enfant brûlé, Gallimard, 1956. Réédition "L'Imaginaire", 1981, 1995.
- Le Serpent, (1966) Gallimard, 1985, 1993, 2001.
- L’Île des condamnés, Roman traduit du suédois par Jeanne Gauffi. Denoël, 1972
- Ennuis de Noces, Papyrus, Maurice Nadeau, 1982. Réédition en 10/18, 1990.
- Le Froid de la Saint-Jean, Maurice Nadeau, 1988.
- Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Actes Sud
- Les wagons rouges, Nouvelles, Maurice Nadeau
- L'arriviste, Actes Sud
- Notre plage nocturne, nouvelles traduites par C.G. Bjürstöm, Maurice Nadeau


(source Wikipédia)
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3 juin 2013

LE CŒUR DE HIALMAR

"Poèmes barbares"


© Auteur inconnu - Source www.hebus.com


Une nuit claire, un vent glacé. La neige est rouge.
Mille braves sont là qui dorment sans tombeaux,
l'épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge.
Au−dessus tourne et crie un vol de noirs corbeaux.

La lune froide verse au loin sa pâle flamme.
Hialmar se soulève entre les morts sanglants,
appuyé des deux mains au tronçon de sa lame.
La pourpre du combat ruisselle de ses flancs.

−holà !  Quelqu'un a−t−il encore un peu d' haleine,
parmi tant de joyeux et robustes garçons
qui, ce matin, riaient et chantaient à voix pleine
comme des merles dans l' épaisseur des buissons ?

Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure
est trouée, et la hache a fait sauter ses clous.
Mes yeux saignent. J'entends un immense murmure
pareil aux hurlements de la mer ou des loups.

Viens par ici, corbeau, mon brave mangeur d' hommes !
Ouvre−moi la poitrine avec ton bec de fer.
Tu nous retrouveras demain tels que nous sommes.
Porte mon coeur tout chaud à la fille d'Ylmer.

Dans Upsal, où les Jarls boivent la bonne bière,
et chantent, en heurtant les cruches d' or, en chœur,
à tire d' aile vole, ô rôdeur de bruyère !
Cherche ma fiancée et porte−lui mon coeur.

Au sommet de la tour que hantent les corneilles
tu la verras debout, blanche, aux longs cheveux noirs.
Deux anneaux d' argent fin lui pendent aux oreilles,
et ses yeux sont plus clairs que l' astre des beaux soirs.

Va, sombre messager, dis−lui bien que je l' aime,
et que voici mon coeur. Elle reconnaîtra
qu' il est rouge et solide et non tremblant et blême ;
et la fille d'Ylmer, corbeau, te sourira !

Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.
J' ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil.
Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,
je vais m'asseoir parmi les dieux, dans le soleil ! 

Charles Marie René Leconte de L'Isle 1864


NOTES

NOTES SUR L'AUTEUR :   Leconte de L'Isle  (22 octobre 1818- 17 juillet 1894)

Charles Marie René Leconte de L'Isle est considéré comme le chef de file des Parnassiens, entre romantisme et symbolisme. Il privilégie la beauté du texte dont l'Antiquité et la Nature fournissent les modèles absolus.

Né à la Réunion en 1818, sa jeunesse est partagée entre l'île Bourbon et la Bretagne, puis il s'installe à Paris en 1845.
Après une courte période politique il se consacre entièrement en 1848 à littérature et produit dans de nombreux domaines : poésie, préfaces, traductions d'auteurs anciens et pièces de théâtre...
Il travaille à la bibliothèque du Sénat et rentre à l'Académie française en 1885 au fauteuil de Victor Hugo.Il meurt dans la force de l'âge le 17 juillet 1894.
Son oeuvre est dominée par 3 recueils de poésie : 
- Poèmes antiques (1852), 
- Poèmes barbares (1862) et 
- Poèmes tragiques (1884)
La poésie panthéiste de Leconte de L'Isle dans laquelle  "il avait rendu leurs anciens noms aux dieux" représente un des tous premiers regards portés par le Moderne sur les Héros de l'ancienne Europe, pas seulement grecque et romaine mais aussi celte et nordique... 
(© Source Wikipédia)

NOTES SUR LE POÈME :    Le coeur de Hialmar 


Inspiré par une ancienne poésie scaldique* traduite, "le chant de mort d'Hialmar" tiré du "Herwara Saga", Leconte de l'Isle l'adapte en rimes et, tout en respectant le caractère épique des mythologie nordiques (Edda)  La mort du héros est  modifiée, plus tragique (seul et offrant son coeur) inspiré peut-être par la romancero ou Durandart mortellement blessé à la bataille de Roncevaux demande à Montesimos de lui arracher le coeur pour le porter à Belerme...

" Leconte de l'Isle avait déjà donné ses "Poésies antiques quand un livre de Xavier Marnier tomba entre ses mains: "Chants populaires du Nord" (Islande, Danemark, Suède, Norvège, Féroe, Finlande), traduits en français et précédé d'une introduction. (...) Ces paroles furent pour le poète un trait de lumière (...) Il mettrait de sombres poèmes du Nord à côté de ses étincelants poèmes d'Orient et ayant chanté Bhagavat, les Asparas, l'arc de Civa, il chanterait le géant Ymer, les Elfes, l'épée d'Angantyr.
Parmi les poèmes islandais traduits dans le volume de Marmier, il trouvait deux chants guerriers remarquables, le "Chant de Hervor" et le "Chant de mort de Hialmar". Il les choisit entre tous comme caractéristiques de la poésie héroïque des Scandinaves et, sous ces titres nouveaux, l'épée d'Agantyr, le coeur de Hialmar, il les refit en les rendant encore plus significatifs encore. (...)
Le chant de la mort de Hialmar est un dialogue, Hialmar vient d'être frappé. Oervarod, son compagnon d'armes, l'interroge et le plaint (...)
(Dans ce chant, Hialmar mourant, demande à Oervarod (Odur) de porter son anneau d'or rouge à Ingeborg, la blanche fille de Hilmer, tandis que le corbeau et l'aigle arrivent sur le champ de bataille pour boire son sang.(ndlr))
Leconte de L'Isle fait mourir Hialmar plus tristement.Il fait nuit, il vente, la neige couvre le sol. (...) Aucun humain ne peut recevoir ses adieux, il les confiera donc (et ce sera bien digne d'un héros du Nord) au corbeau de la bruyère.(...) " 
(Extrait de "Les sources de Leconte de L'Isle" Joseph Vianey, 1907)


* POÉSIE SCALDIQUE (de "scald": poète nordique ) ou "écaulterie" apparaît en Norvège et en Islande vers le VII° siècle. C' est une poésie de tradition orale, véritable prouesse lexicale et rythmique chantée par les scalds, qui était des poètes officiels attachés à la cour des rois et des dignitaires, et qui rapportaient leurs hauts faits de leur vivant ou après leur mort.

Snorri Sturluson (1179-1241)
auteur de l'Edda en prose.
Le style de cette littérature poétique est complexe et riche en variantes. Elle est basée sur une syntaxe libre, autorisant les inversions et la dispersion des mots multiples (par exemple: 126 noms pour désigner Odin) et enrichi d'images et de figures (par exemple: la terre est "le vaisseau qui traverse les âges") rendant donnant parfois au sens une dimension hermétique.
La déclamation semblait être virile, accentuant l'effet sonore des assonances et des allitérations syllabiques et syntaxiques
Ce n'est qu'à partir du XII° siècle, en Islande où elle subsiste, que cette littérature exceptionnelle est transcrite pour parvenir jusqu'à nous.

Sur ce sujet à lire notamment les travaux de Régis Boyer sur les sagas islandaises et l'Edda poétique...




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