COUPS DE GUEULE

17 juin 2013

Publié sur le Blog Alawata-Guyane : Chroniques de Guyane

Lettre ouverte à Madame Taubira

Madame le Garde des sceaux,


Bien que nous ne partageons pas toujours la même vision sociétale (mais l'amélioration des idées n'est-il pas la conséquence de débats contradictoires et intelligents ?) j'ai toujours respecté votre talent oratoire, qui, on ne peux le nier, est allié à une énergie et un charisme certain et sert efficacement vos principes et vos intérêts idéologiques...

Ancré dans la mémoire de mes origines européennes, convaincu de l'importance et même de la nécessité vitale, d'avoir en chacun une conscience collective, fondatrice de l'identité de chaque être humain (et non "individu", qui ignore les lignées historiques et culturelles de la personnalité) je suis un "communautarien" attentif aux débats identitaires...

Vous avez raison, Madame Taubira, quand vous agissez en faveur de l'Histoire, à travers la valorisation et la transmission du  "devoir de mémoire"... 

Mais... là ou je ne suis pas d'accord, c'est dans votre instrumentalisation politicienne et communautariste de l'Histoire, ce bien commun des peuples, qui tour à tour, la firent ou la subirent.

Votre qualité de femme, créole guyanaise, votre attachement indéfectible à vos origines diverses et métissées sont tout à votre honneur. Car au milieu de cette époque d'ignorance, cultiver ses racines dans le jardin de sa vie est vital pour marcher vers le soleil car passé et avenir, ne sont finalement que des réalités différentes du présent, et indissociables de son équilibre.   

Seulement voilà, Madame Taubira, on ne peut agir sur le Passé, si ce n'est peut-être dans l'écriture de l'Histoire réalisée souvent par les vainqueurs et qui donne lieu à l'historiographie.... 
Et si l'esclavage fut un élément tragique majeur et fondateur de votre passé, il ne justifie en rien la racialisation et la politisation de l'Histoire, telle que vous la pratiquez sous couvert de lois mémorielles  parcellaires et dogmatiques.

Concernant les traites négrières

J'évoquerai dans un premier temps le travail que vous avez réalisé sur l'esclavage, et qui aboutit, le 21 mai 2001 à une loi mémorielle éponyme, reconnaissant à juste titre, comme "crime contre l'humanité" la traite négrière;   enfin... presque !

Car, lorsque vous portez tout l'effort de votre travail mémoriel sur la traite transatlantique européenne, vous occultez volontairement les autres traites dont furent victimes principalement les peuples de l'Afrique noire dont vous êtes en partie issue. 

Je tiens ici a affirmer, et pour prévenir toute réaction torquémadienne, que je condamne l'ignominie de l'esclavage, et donc, que je ne cherche point, ni a diluer, ni a diminuer ses expressions protéiformes, dont la traite transatlantique n'est malheureusement qu'un exemple infâme.

L'esclavage est attesté depuis l'antiquité et sur tous les continents, mais pour ne parler ici que des traites négrières, Il faut en distinguer 3 principales, décrites par les historiens européens, arabes et africains, et permettez moi, madame Taubira, puisque votre loi parcellaire le néglige, d'évoquer auprès des autres lecteurs de ce message la complète réalité du crime que vous connaissez mieux que moi...

1- La traite africaine interne, pratiquée par la majorité des sociétés africaines depuis la nuit des temps et qui fondèrent en grande partie leur puissance sur le commerce des esclaves, tels en Sénégambie, les royaumes d'Oyo, d'Abomey, d'Ashanti ou du Dahomey. Peu de traces et d'archives permettent d'estimer l'ampleur du crime, mais les européens, qui, à leur arrivée, stimulèrent ce commerce criminel et les guerres tribales à qui elles étaient liées, estimaient que plus de la moitié des esclaves des marchés de la côte atlantique restent à l'Afrique pendant la période .

2- La traite arabo-persique, ce "génocide voilé", décrit entre autres historiens par l'africain Tidiane N'Diaye est une traite massive, souvent accompagnée de castration, qui entre le VIIème et le XXème siècle ravagea le continent noir, déportant près de 20 millions d'africains  mais aussi dans les premiers temps des slaves (d'où l'origine du nom) dont les royaumes européens étaient encore trop faibles et subissaient l'invasion musulmane. Éradiquée par l'armée française lors de la colonisation (le dernier marché aux esclaves du Maroc, est fermé en 1920 lors de l'installation du Protectorat). La traite négrière persiste alors vers les émirats du Golfe Persique où, comme au Soudan par exemple, l'esclavage subsiste encore aujourd'hui.

3- La traite européenne transatlantique qui commença au XVI° siècle, déporta dans des conditions épouvantables, environ 12 millions d'africains vers le Nouveau Monde, avant de s'achever au début du XIX° siècle, préfigurant l'abolition française de 1848, amorcée à la Révolution. C'est la traite la plus connue, car la plus industrielle, de plus, par ses archives et l'illustration qu'elle offrit aux discours de décolonisation c'est celle qui laisse le plus de traces dans les mémoires contemporaines. Aujourd'hui, plus de 70 millions d'hommes et de femmes représentent les descendants métissés de cette histoire, tragique mais aussi fondatrice de leurs vies et de leurs rêves.


Concernant la loi mémorielle du 21 mai 2001

"Article 1er - La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle..."

Pourquoi cette loi occulte t-elle l'ensemble de la réalité menant ainsi des millions de victimes sur les chemins de l'oubli ?

Cette discipline majeure de la connaissance, qu'Aristote définissait comme Histoire cyclique, était autrefois libre et indépendante et nous offrait des exemples multiples et un imaginaire fondateurs. 
Avec les monothéismes, l'étude du passé est devenu Histoire linéaire, long fleuve prenant sa source à la naissance d'un Dieu unique et que tous devaient rejoindre de gré ou de force.
Puis progressivement l'Histoire événementielle apparaît, au service de morales de plus en plus intolérantes, le Pouvoir en quête de légitimité idéologique, veut la contrôler dans son écriture et son enseignement (comme l'article 2 de votre loi). 

Mais les vrais historiens, ceux qui revisitent sans cesse le passé, en libres penseurs, pour le dégager des modes passionnelles et des intérêts manipulateurs, deviennent à vos yeux des subversifs et autres empêcheurs de penser en rond ! 
Alors les apôtres de la pensée unique, que vous avez rejoint, depuis des générations veulent contrôler l'Histoire, surtout celles des idées. 

C'est pour figer l'Histoire dans une interprétation partiale, et en faire une Histoire dogmatique, au service d'une idéologie dominante, en quête de légitimité fondatrice, que vous dissimuler vos manipulations mentales derrière le masque du légalisme. Ainsi peut-on, sans se justifier, imposer sa pensée unique et condamner surtout son étude rationnelle et propédeutique, son "révisionnisme historique" (mot pourtant apparu pendant l'affaire Dreyfus).

C'est alors le temps des Torquemadas du "prêt à penser", diabolisant et condamnant à coup de  "Reductio ad Hitlerum"...

Madame Taubira, ces manipulations de l'Histoire se font sur la base de condamnations partiales, de mensonges, mais aussi d’omissions volontaires, comme celles de votre travail sur l'esclavage ou plus récemment, sur le mariage pour tous...

Et pour en finir ici avec la critique de votre vision partielle et donc partiale de la traite négrière, je vous redonne la parole quand vous déclariez sans ambages dans l'Express du 4 avril 2006 :

"Il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes"

Sans commentaire !


Concernant la réparation foncière

Surfant sur les cérémonies repentantes et rampantes à la mode chez nos gouvernements, et sur le calendrier des commémorations de l'abolition de l'esclavage, vous recherchez le buzz médiatique, en proposant une "réparation foncière"..."bèt sérieux !"

Vivant en Guyane depuis de nombreuses années, j'observe une société en pleine évolution identitaire, libérée, par son Histoire singulière et unique de toute crispation venant du passé. En effet, l'histoire en Guyane n'a cessé depuis le XIX ° siècle, de bouleverser jusqu'à l'inversion, les définitions sociétales coloniales. 

Pourtant, je suis d'accord pour dire avec vous qu'il  y a une problématique foncière en Guyane.

Mais quel est le rapport direct et exclusif avec l'esclavage ?

Car cette problématique foncière, concerne tout autant, les populations amérindiennes, européennes, chinoises, surinamiennes, hmongs etc...venues en Guyane tout au long de son histoire ainsi que des secteurs d'activité qui ont besoin de s'y installer...

Et quand bien même, expliquez moi, Madame Taubira comment vous allez pouvoir techniquement réparer, avec justesse et justice... 

En effet, la Guyane territoire multiculturel où près de vingt langues différentes sont pratiquées possède une diversité culturelle et une richesse historique exceptionnelles,
La population d'origine africaine, car c'est bien d'elle qu'il s'agit ici, est très diversifiée
On y trouve par exemple :
-Des descendants d'esclaves déportés par la France directement en Guyane, ou via les Antilles où ils ont été initialement transportés, et libérés en 1848...
-Des descendants d'esclaves fugitifs plus nombreux que les précédents) déportés par la Hollande voisine et installés côté français, depuis le début du XVII° siècle...  
-Des descendants d'engagés, venus d'Europe de Chine mais aussi d'Afrique, ayant signé librement un contrat souvent agricole
-Des descendants d'affranchis, ayant été à leur tour esclavagiste, voir chasseurs de fugitifs...
-Des haïtiens, ayant fuis dans les années 60 et 70, le régime dictatorial des Duvaliers et de leurs "Tontons Macoutes"  

Un peu compliqué, non ?

Alors expliquez moi, Madame Taubira, comment vous allez faire pour "trier" les ayants droits, de ceux qui n'auront pas aujourd'hui "la chance" d'avoir eu un ancêtre bafoué et martyrisé.
Jusqu'à quelle date vous allez fouiller les poubelles de l'Histoire ?
Et quid des européens descendants des bagnards ?
Et quid des réfugiés laotiens victimes de la persécution des milices du Pathet Lao ?

A moins que tout ça ne soit finalement qu'une gesticulation politicienne et médiatico-populiste...

...Car votre idée est techniquement impossible à mettre en oeuvre... sauf, si vous faites appel à une idéologie communautariste et racialiste,  qu'ailleurs vous prétendez combattre de toutes vos forces... Mais vous n'en seriez pas à votre première contradiction, Madame Taubira qui par exemple combattez la "préférence nationale" en métropole quand vous réclamez la "préférence guyanaise" dans votre Région !


Conséquences prévisibles

L'Histoire n'a jamais était un long fleuve tranquille et personne n'en peux changer le cours, il ne peut y avoir de réparation, parce que tout simplement elle n'a pas lieu d'être, les acteurs de l'esclavage concerné, victimes ou responsables, appartenant tous aujourd'hui, au passé... 

Les effets pervers de ce genre de travail mémoriel auquel vous consacrez une intelligence sélective et communautariste, ne m'apparaissent plus maintenant comme des conséquences prévisibles mais plutôt comme des objectifs intentionnels, confirmés lors des manifestations de cette année et visant à déstructurer la société déjà fragilisée par des sabotages idéologiques à travers des mesures populistes et électoralistes.
Par les diabolisations et les victimisations sélectives engagées, vous participez a augmenter les cloisonnements et les incompréhensions, surtout auprès des jeunes qui plus que jamais ont besoin de solidarité et d'unité.

De Gaulle l'avait compris, quand en 1945, alors que les ruines de l'Europe fumaient encore, il avait décrété la réconciliation nationale en France par delà les déchirements de la guerre...

Vous porterez, Madame Taubira une part importante de responsabilité dans la tentative d''éclatement de la Nation, vous l'anticonformiste, l'égérie du parti guyanais Walwari, le libre penseur hériter de l'unité multiple guyanaise, qui est devenu aujourd'hui garde des sceaux d'une République en pleine décomposition, arrogante qui n'écoute plus son peuple... 

Pardonnez moi, mais je crois que vous êtes tombée bien bas, dans l'ornière de la bien-pensance qui distribue à ses nouveaux esclaves les lauriers jaunies d'un pouvoir asservi par le fric.

Je m'efface maintenant pour laisser Alexandre, un vieux et sage créole de Guyane, (une "grande personne" comme on dit ici), qui évoquant votre loi me disait il y a quelques temps :


"Si tu tires la corde de l'esclavage, qu'est ce que tu trouves au bout ? 
je vais te le dire: Un "neg" qui courre derrière un autre "neg"... 
alors tout ça c'est des conneries ! 
Il vaut mieux regarder devant et tous ensemble..."


Alors attention, Christiane, "ne tirez pas trop sur la corde !"

Avec mes salutations rebelles mais cordiales accompagnées des respects que votre charge de garde des sceaux me commande

Erwan Castel, à Cayenne, le 17 juin 2013
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Publié le 15 juillet 2013

De la querelle des  Anciens et des Modernes...

Sur le point de partir pour une expédition dans la forêt guyanaise, je jette un œil rapide sur les événements de notre monde par la fenêtre lumineuse de mon ordinateur.... J'y trouve comme d'habitude au milieu des mensonges des états, des rires, des idées, des larmes, de l'inquiétude de la beauté de l'espérance ou de la laideur...
Ce matin un "coup de gueule" retiens mon attention et je l'emporte sur les fleuves de Guyane comme une promesse d'un avenir meilleur. 

Depuis longtemps la querelle des Anciens et des modernes préside comme une réalité naturelle de la conscience humaine au centre de l'évolution des mentalités et des sociétés, et on oppose l'âge d'or à l'âge du progrès, les morts aux vivants, les classiques aux contemporains, et les jeunes aux vieux...

Depuis plusieurs années, les gouvernements qui dans leur alternance affichent une continuité dans leur incompétence destructrice tentent de diminuer les dégâts occasionnés par leur politique en manipulant les mentalités, l'histoire, et notre culture jusque dans ses usages sémantiques...

Heureusement ici et là des esprits libres se révoltent en conscience et protestent contre la mort organisée de l'esprit et de la civilisation. Cette résistance aujourd'hui prend forme, s'organise à partir des réseaux même que le système a mis en place et internet en est un bel exemple.

Il n'y a plus aujourd'hui de querelle entre les anciens et les modernes, il y a juste le choix entre la liberté ou l'esclavage de la pensée. Merci à Morgane de nous donner ce témoignage et cette protestation exemplaire qui nous apporte ce qui nous manque le plus aujourd'hui : la tolérance et l'espérance.


Article paru dans Boulevard Voltaire le 13 juillet 2013     le lien ici : Boulevard Voltaire

Brétigny : les « jeunes » vous emmerdent

Morgane Menguy, aide à la personne

barbares


"Il y en a juste ras le bol. On nous a laissé les cendres d’une civilisation jadis rayonnante. On ne nous a offert comme héritage que la décadence post-soixante-huitarde, une génération qui apprend aux ados à enfiler des capotes sur des godemichets devant toute leur classe, et aux petits qu’en fait, ils ne sont ni des garçons ni des filles. Une société pourrie jusqu’à la moelle à coup de morale bien pire que la morale catho tant critiquée, d’enseignement de l’auto-flagellation et de l’ethno-masochisme. Une société dénuée de toute valeur dans laquelle nous, les « jeunes », devons pour la plupart apprendre seuls à devenir des êtres civilisés, à trouver notre place dans ce foutoir insensé et babylonien dont les piliers sont attaqués chaque jour un peu plus à grands coups de massues bien pensantes, capitalistes et libertariennes.



On se bat, nous les « jeunes », chaque jour, pour ne pas crever. On se bat avec les névroses résultant d’années de mœurs travesties et dépravées, on se bat pour nos parents qui ont, pour beaucoup, baissé les bras, et pour les suivants qui devront serrer les poings et monter sur les barricades. On se bat pour nous-mêmes. On se bat pour vivre.

Alors, quand, pour la énième fois, je lis « des jeunes ont pillé des cadavres et caillassé les véhicules des hommes venus porter secours aux victimes du déraillement de Brétigny », j’ai envie de sortir les armes. Quels jeunes ? De quels jeunes est-ce que vous parlez ?

Les jeunes vous emmerdent. Les jeunes, aussi névrosés puissent-ils être, ne dépouillent pas les cadavres encore ensanglantés de victimes en piétinant ceux qui sont en train d’agoniser. Les jeunes ne caillassent pas de voitures de pompiers, du SAMU. Les jeunes ne volent pas les moyens de communication des sauveteurs sur le lieu d’un accident dramatique et meurtrier.

Ceux qui font ça ne sont rien d’autre que des charognards sortis de leurs cités. 

Osez prononcer les mots. Ayez un peu de courage ! Arrêtez de mettre sur le dos de vos « jeunes » la responsabilité de ce qui n’est que la conséquence de trente années de votre médiocrité. On vous promet qu’on essaiera de vous en être reconnaissants."

2 commentaires :

  1. Belle lettre d'Erwan Castel. BRAVO!!!!

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  2. A propos de l'indemnisation qu'il faudrait prévoir pour les descendants d'esclaves ou réputés tels.

    Il suffit de comparer le niveau de vie de ces gens avec ceux de leurs cousins restés dans la brousse ou dans les capitales sub-sahariennes et on s'apercevra vite que l'indemnité devrait revenir à ceux qui leur ont permis de gravir cet échelon social bien souvent allocataire et dépendant de la métropole "vache à lait"

    N'oublions pas que sans les descendants des esclavagistes métropolitains qui perfusent ses territoires Outre-mer à coup de millions d'euros et d'allocations (braguette et autres) ces héritiers victimaires n'auraient aucune chance de subsister.

    On pourrait aussi demander réparation à la Suède, au Danemark et à la Norvège pour les invasions Viking et l'esclavage gaulois qui en découla.

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